Tournages responsables dans le Var : arrêter l'esthétique jetable

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Dans le Var, entre Cassis, La Ciotat et Bandol, les plateaux se suivent et se ressemblent : SUV anonymes, figurants jetés là, filtre orange pour faire "Sud". On peut faire mieux. Tourner avec de vraies voitures anciennes, en cabriolet vintage, de façon plus responsable, ce n'est pas un luxe, c'est une exigence de mise en scène.

Le tournage touristique sans âme : stop

On connaît la partition par cœur : une plage quelconque, deux plans de drone, un comédien qui bute sur un slogan, et une voiture de location banale censée évoquer "la liberté". Résultat : un film interchangeable, que personne ne peut rattacher à la Provence, ni au littoral entre Marseille et Toulon.

Le plus ironique, c'est que la région n'a jamais eu autant de moyens ni de dispositifs d'accueil pour les productions. Le problème n'est pas l'argent, mais la paresse esthétique. Quand on tourne ici sans intégrer les codes visuels de la Méditerranée, des années 60‑70, des routes côtières, on passe complètement à côté du décor.

Or ces codes existent, précisément, dans ces cabriolets anciens - 2CV, Fiat 500, MGB, Coccinelle, Fiat 124 Spider - qui racontent instantanément une époque, une vitesse, une manière d'habiter le paysage. Continuer à filmer des crossovers gris souris sur la route des crêtes, c'est une forme de gâchis.

Vers une production plus sobre... sans perdre en impact visuel

Depuis la montée en puissance des politiques RSE dans la communication, les productions se sentent obligées de parler "écologie" tout en multipliant les tournages éclairs, les décors construits puis jetés, les allers‑retours en avion pour une simple pub tournée à Cassis. C'est un non‑sens.

Faire un tournage plus responsable dans le Var, ce n'est pas renoncer à la beauté des images. C'est choisir :

  • moins de décors, mieux choisis
  • moins de véhicules, mais des modèles iconiques qui structurent la narration
  • moins de déplacements logistiques absurdes, plus de cohérence dans la circulation du plateau

Les recommandations de la charte Ecoprod sont très claires sur ce point : tout ce qui peut être mutualisé, mutualisons‑le. Une flotte locale de cabriolets vintage entretenus à l'année fait exactement ça : elle évite d'acheminer des voitures d'image depuis Paris ou l'étranger pour un simple jour de shoot.

Pourquoi la vraie voiture vintage est plus crédible que le numérique

La tentation du tout numérique est forte : on tourne avec n'importe quoi, et on rajoute une "vieille voiture" en post‑prod. Sauf qu'à l'écran, ça se voit. Les reflets sont faux, les interactions avec les comédiens sonnent creux, et la direction photo passe son temps à contourner le problème.

Une vraie voiture ancienne, elle, impose un rythme de tournage différent :

  • on réfléchit à la topographie des routes, à la vitesse réelle du véhicule
  • on cadre en fonction des lignes du cabriolet, de la capote, du chrome, plutôt qu'en post‑prod
  • on écrit différemment les scènes, parce que la voiture est un personnage, pas un accessoire parachuté

Sur la route entre Saint‑Cyr‑sur‑Mer et Le Castellet, une 2CV qui peine un peu dans la montée raconte déjà quelque chose : la lenteur, l'effort, le temps qui s'étire. Sur la corniche entre La Ciotat et Cassis, une Fiat 124 Spider rouge feu parle d'hédonisme, de soleil, de cinéma italien. Aucun plugin After Effects n'offre ça sans une part de caricature.

Le Var hors saison : un studio à ciel ouvert sous‑utilisé

L'autre aberration, c'est ce réflexe de tout tourner en juillet‑août, au milieu des touristes, des parkings saturés et des arrêtés municipaux. Entre novembre et mars, le littoral varois est pourtant un plateau extraordinairement disponible, notamment pour les tournages en cabriolet décapotable.

Lumière d'hiver, routes dégagées, logistique allégée

Techniquement, un tournage en voiture ancienne a tout à gagner à se positionner hors saison :

  • une lumière plus douce, moins verticale, qui donne aux carrosseries une profondeur qu'on ne retrouve pas en plein été
  • des routes comme la Gineste, la route des crêtes ou la descente sur Bandol quasiment vides aux bonnes heures
  • une gestion des stationnements, convois techniques et fermetures ponctuelles infiniment plus simple avec les mairies

Pour une production qui cherche à maximiser son temps utile, venir tourner une journée complète de séquences voiture en février plutôt qu'en août peut doubler la productivité réelle du plateau. Moins de temps à se battre contre le trafic, plus de temps à travailler le jeu, le cadre, le son.

Cas d'école : transformer un film de promo banal en film incarné

Imaginons une marque de prêt‑à‑porter qui veut tourner un film de collection "printemps‑été" sur la côte varoise. La version paresseuse, on la voit déjà : drone sur les calanques, comédiens en short blanc, SUV dernier cri bien propre. Résultat : un film parmi mille autres.

Maintenant, reprenons la même marque, même budget, mais avec d'autres choix :

  1. Voiture principale : une Coccinelle cabriolet crème, capote ouverte, quatre comédiens aux silhouettes contrastées.
  2. Itinéraire : courte boucle Saint‑Cyr‑sur‑Mer - Bandol - La Cadière - retour littoral, concentrée sur les petites routes et deux points de vue clés.
  3. Temporalité : tournage en tout début de matinée et fin d'après‑midi, quand la lumière découpe mieux les tissus et les volumes.

À l'écran, la différence est énorme. Ce qui était interchangeable devient une petite fable méditerranéenne : les comédiens manipulent la capote, rient quand le moteur tousse, se tassent tous à l'arrière pour un plan un peu absurde. La voiture structure le récit et ancre la marque dans un lieu, une saison, une émotion très précise.

Tournage responsable ne veut pas dire tournage triste

Certains producteurs associent encore "tournage responsable" à une espèce de punition morale : plus de fun, plus de style, juste des check‑lists carbone à cocher. C'est une vision terriblement réductrice.

Dans le cas des tournages en voiture ancienne sur le littoral provençal, les leviers responsables peuvent au contraire augmenter la richesse visuelle :

  • mutualiser les véhicules vintage au lieu d'en faire venir de partout
  • limiter le nombre de décors et assumer pleinement ceux qui restent, au lieu de survoler 10 spots mal exploités
  • caler les déplacements de l'équipe sur un véritable itinéraire narratif, au lieu de zigzaguer sans logique

On peut même imaginer, pour un tournage long, d'intégrer une véritable escapade œnologique ou un team building en cabriolet vintage pour les équipes, plutôt que d'empiler des journées de plateau anonymes. Ce n'est pas du "bonus sympa", c'est un investissement dans la cohésion et la créativité.

Ne pas sous‑estimer la contrainte technique... mais l'assumer

Évidemment, tourner avec des voitures des années 60‑70 n'est pas aussi simple que louer trois berlines modernes. Il faut :

  • anticiper les vitesses réelles des véhicules dans les montées vers Le Castellet ou Évenos
  • gérer les capotes en fonction du vent, notamment sur les portions exposées du littoral
  • adapter le découpage pour ménager des temps de repos aux mécaniques (et aux comédiens)

Mais cette contrainte est précisément ce qui donne cette saveur particulière aux images. Une MG qui roule à 60 sur une départementale bordée de vignes, capote baissée, moteur qui chante, aura toujours plus d'âme qu'un SUV pressé dans un plan de drone.

Quand on connaît vraiment le terrain entre Cassis, La Ciotat, Bandol et Saint‑Cyr, on sait où ces contraintes deviennent des atouts. C'est notre quotidien, que ce soit pour des tournages, des escapades accompagnées ou des événements d'entreprise.

Un tournage dans le Var qui ressemble enfin au Var

En 2026, continuer à produire des films "à la chaîne" sur le littoral provençal, avec la même esthétique jetable que partout ailleurs, est un choix. On peut faire autrement. On peut décider qu'un spot tourné entre Cassis, Bandol et Saint‑Cyr doit être immédiatement identifiable, habité par des voitures de collection qui racontent quelque chose de cette terre.

La prochaine fois que vous préparez un projet dans le Var, posez‑vous une question simple : voulez‑vous un film qui pourrait être tourné n'importe où, ou un film qui n'a de sens qu'ici, sur ces routes, avec ces cabriolets ? Si c'est la deuxième option, il va falloir accepter les contraintes, la lenteur, les virages, les capotes qu'on remonte en urgence. Et, au bout du compte, des images qui respirent enfin autre chose que le déjà‑vu.

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